Les néo-convertis français, une quête identitaire qui mène au salafisme.

1/22/20264 min read

Muslim man is praying on a rug.
Muslim man is praying on a rug.

Le salafisme quiétiste est un phénomène qui s’étend de plus en plus chez les nouvelles générations. Cette lecture de l’Islam, pourtant exclusive, semble être la plus accessible pour les croyants français, généralement nouveaux dans le monde musulman.

Quels sont les facteurs qui poussent les nouveaux musulmans à se tourner vers une pratique de l’Islam si lointaine de leur culture occidentale ?

Ce qui différencie un nouveau converti français d’un musulman natif/culturel, est le manque d’entourage apte à le guider dans son cheminement spirituel. Et il s’agit ici, des proies préférées des prédicateurs salafis.

Le manque de référence entraîne le besoin de structure. Le salafisme est le remède parfait à ce maux. De par son agencement étonnement peu spirituel en triant par exemple dichotomiquement les bonnes et les mauvaises actions sans nuance, il permet aux musulmans d’aborder l’islam sans trop de difficulté. Faire de la jurisprudence son moteur principale, donne l’occasion au salafisme quiétiste de se placer comme un équivalent du fonctionnement sociétale, pour le musulman français qui vit dans une société laïque. En effet, au même titre que le droit français, le droit salafiste établit une liste d’actes autorisés et interdits, des peines et des obligations.

Le musulman ordinaire est considéré comme inapte à apporter son point de vue sur le droit salafiste, d’autant plus s’il n’a pas reçu de recommandation de la part d’un dit « savant » lui-même salafi.

Le droit salafi ne place pas Dieu comme guide au centre de la vie du musulman, mais comme châtieur, tout en semblant le considérer Miséricordieux.

C’est alors que les prédicateurs insufflent l’idée à ce nouveau croyant, qu’il ne peut être un bon musulman sans la présence de la jurisprudence salafi dans sa vie. Ainsi, la nouvelle quête du converti n’est plus de créer un lien spirituel avec Dieu, mais bien d’apprendre un tas de règles, afin d’adorer Dieu.

Dieu n’est plus présent dans les cœurs, mais uniquement dans les livres.

Le salafisme se différencie de tout autre courant de l’islam, en se désignant comme la voie dite « des pieux prédécesseurs ». Cette voie puritaine se présente comme rénovatrice du monde musulman, et seul chemin d’accès à la félicité divine.

Par son fonctionnement sectaire, la salafiya rejette tout autre manière de pensée, musulmane ou non. L’idée d’être considérée comme la communauté spirituelle élue de Dieu, attire les musulmans néo-convertis qui, après s’être dissociés de la société française non musulmane, se dissocient une seconde fois, d’une société musulmane considérée trop négligente dans sa pratique canonique.

La quête religieuse s’affine ainsi, jusqu’en devenir seul digne d’entrer au Paradis.

La communauté salafi a une volonté tout à fait délibérée d’étendre son idéologie à travers le monde musulman. Et quoi de mieux, pour arriver à ses fins, que d’être majoritaires sur les réseaux sociaux ?

Ainsi, lorsqu’un musulman cherche à se renseigner sur sa religion via internet, il tombera inévitablement, sur du contenu salafi. Et s’il n’est pas aguerri à discerner ce type de contenu, ni à comprendre le danger du salafisme, il suivra sans trop d’étonnement cette voie de pensée.

Le croyant en manque de repère, qu’il vienne d’une famille musulmane ou non, comble de cette façon sa solitude et son besoin de connaissances islamiques à travers ses nouveaux enseignants.

D’autant plus que les utilisateurs des réseaux sont généralement plus jeunes et donc plus vulnérables à suivre aveuglément une idéologie, par manque de connaissance.

Mais finalement, est-ce si grave d’être salafi, aujourd’hui ?

En tant que musulmane, nous cherchons à nous détacher de la vision occidentale et orientaliste du salafisme. Notre critique ne cherche pas à dénoncer et rejeter la communauté musulmane salafi française, mais bien d'alerter sur l’absence d’esprit critique, mais aussi sur l’absence de spiritualité, que l’on retrouve à travers cette idéologie.

Le salafisme quiétiste est bien différent du salafisme djihadiste. Il se place avant tout comme un changement de vie chez ses adeptes, sans pour autant pousser au terrorisme à l’instar de Da3ech qui se proclame de cette idéologie. On parle ici d’un danger intellectuel, plus que d’oppression envers les non musulmans.

Le monde musulman ne se résume pas au salafisme, mais la multiplication de sa mention à travers les médias français donne une fausse image de la communauté musulmane française, qui est loin d’y être entièrement adepte.

En revanche, il est tout de même important de lutter contre son expansion, en rappelant premièrement la pluralité religieuse musulmane existante. En effet, de nombreuses réflexions/recherches sont diffusées dans à travers le monde islamique, auxquelles on peut adhérer ou non.

Mais en rappelant également ce message coranique clair : « Il y a en cela, des signes pour ceux qui méditent. » (Sourate 45, verset 13).


Je terminerai en assurant qu’il n’est pas nécessaire de chercher Dieu, mais il est nécessaire de Le voir, car il n’est en nul lieu, absent.

Si un jour vous semblez perdu, pensez à cette célèbre parole mystique : « Oublie le chemin, tu parviendras à Dieu ».